Blog de Maud Assila

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vendredi 21 juin 2019

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras

structure.jpg Le mouvement de la France insoumise est à la peine depuis les élections européennes. Qu’à cela ne tienne, voici quelques conseils pratiques pour surmonter les difficultés et le remettre en selle.

La France insoumise tiendra son Assemblée représentative ce week-end. Il s’agira pour le mouvement de valider une feuille de route pour les prochaines élections (municipales) mais aussi, et plus profondément encore, d’impulser une nouvelle dynamique au lendemain du résultat désastreux des européennes. Entre conflits internes, départs tonitruants, tribunes parfois alambiquées, lettres assassines mais aussi couacs au sommet, le mouvement, indéniablement, a été affaibli. Mais peut-être pas terrassé.

Considérons donc qu’à quelque chose malheur est bon et que les difficultés sont l’occasion d’améliorer la mécanique insoumise. Et pour cela, rien de mieux qu’un retour au bon sens populaire. Surtout pour un mouvement qui se veut du peuple. Voici un petit recensement des pièges à éviter et des contraintes à prendre en compte avant d’aller voir du côté du parc floral, ce samedi.

1) Croire que l’herbe est plus verte ailleurs
D’accord, il y aurait beaucoup à dire sur le fonctionnement de la FI. Chacun, d’ailleurs, sur les réseaux sociaux, dans la presse ou ailleurs, a pu apporter sa pierre à l’édifice de la critique. Celui-ci est aujourd’hui devenu une véritable tour de Babel. Mais parmi tout cela se fait entendre, persistante, la revendication d'une refondation du mouvement pour plus de démocratie. Soit. Pour autant, il serait sans doute dangereux de se mettre martel en tête en souhaitant à tout prix changer la structure de tout un mouvement qui s’est construit au fil des mois. Avant de vouloir faire du collectif gazeux un organe démocratique, regardons de près ce que cette volonté implique. Pour cela, rappelons des faits simples : la FI n’a pas d’adhérents, ni de représentants élus – par ces non-adhérents. À partir de là, la simple délimitation d’un périmètre de votants est une difficulté. Lorsqu’il s’agit de choisir l’ordre des campagnes prioritaires à mener, de valider une liste ou une charte, l’enjeu est relatif et les conditions de vote acceptables par le plus grand nombre. Mais dès lors que les militants voudront décider des stratégies, élaborer des textes dont chacun devra suivre la ligne (ligne dont chacun, ensuite, devra rendre compte auprès de ses camarades), ce sera une autre paire de manche : il faudra alors fonder des instances, définir des modes de représentation. Autrement dit, voter, voter encore.

Or, un lieu où des militants organisent des suffrages, établissent des stratégies, désignent des personnes, installent des instances afin de débattre de points du programme et de le valider (ou le rejeter), cela s’appelle un parti. On peut le tourner dans tous les sens, peut-être même inventer des termes moins brutaux aux oreilles sensibles, il n’empêche : c’est bien de cela qu’il s’agit. On ne peut tout prendre, tout avoir, et donner telle forme d’organisation exclut, de fait, d’en prendre une autre. Ainsi, vouloir une structure démocratique sans adhérent, un parti mouvant ou un mouvement ouvert rigide serait une aberration. Une telle structure engendrerait plus de problèmes qu’elle n’en réglerait. Alors, pour prendre le pouvoir un organe politique doit-il forcément être démocratique ? Vaste question. Faisons plus simple : qui veut que la France insoumise devienne un parti ? Qui est contre ? A voté.


2) Hurler avec les loups
Comme on les entend, les mécontents de la FI. Comme certains donnent dans le phébus, clamant en même temps leur amour de la démocratie, la main sur le cœur, pour appeler de leurs vœux une FI toute transparente, démocratique et souveraine. Et pourtant, parmi ceux qu’on entend le plus demander des changements au sein du mouvement, certains sont ceux-là mêmes qui avaient accepté de grandes responsabilités en son sein, sans jamais être élus par quelque militant que ce soit. Vous y voyez un paradoxe ? Il n’y en a en fait aucun : au bout de quelques mois, ces responsables se sont rendus compte que leur titre ne leur donnait aucun pouvoir réel et qu’ils ne seraient jamais que des exécutants de décisions qui leur échappaient. Trop dur. Seule échappatoire : mettre en place des instances, pousser pour que s’organisent des élections, en espérant obtenir les véritables responsabilités auxquelles ils aspirent. Ainsi auréolés de leur soudain attrait pour la démocratie interne, ils misent sur la reconnaissance des militants, en temps voulu. Alors, en attendant leur heure, ils font du bruit, pensant peut-être après moi, le déluge. Dans leur bouche, instantanément la revendication pour plus de démocratie devient auto-promotion. Alors, qui signe pour participer à cette sordide bataille dans l’antre du pouvoir ?


3) Lâcher la proie pour l'ombre

Un mal ne venant jamais seul, il est tout aussi urgent de tordre le cou à l’idée selon laquelle la FI devrait se doter d’une assemblée constituante sous prétexte qu’elle veut en instaurer une à l’échelle nationale. L’amalgame qui est fait ici est potentiellement dangereux ; dangereux parce qu’il fait dévier chaque militant qui tient ce discours de la raison d’être du mouvement, qui est la conquête du pouvoir. L’objectif des insoumis ne doit pas être de faire société (et de se plier à des règles de vie commune), mais bien de participer d’une force politique capable de prendre le pouvoir au sein de la 5ème République.

Évidemment, le projet de créer une assemblée constituante est séduisant et rien n’interdit de poser les premiers jalons de celle-ci. Mais pas pour le mouvement : pour le pays. Au sein de la FI, créer une telle instance de délibération, ce serait s’autoriser à tâtonner, hésiter, changer d’avis. Délibérer, débattre, essayer, éprouver, revenir en arrière en laissant quelques-uns au passage, mécontents regrettant (toujours !) le manque de démocratie interne, reprendre, reprendre encore. Tout cela, je le répète, est très bien pour transformer les institutions de la nation ; pour faire avancer un mouvement politique, il y a de quoi être plus dubitatif. Pouvons-nous en effet introduire l’âne de Buridan dans la bergerie ? Ce serait un luxe que l’on ne peut s’offrir si l’on veut parvenir à renverser la table. Ce serait faire de la FI tout l’inverse d’un mouvement tourné vers l’action, tendu vers les campagnes électorales, énergique, puissant. Une telle puissance est d’autant plus indispensable que les idées que défendent les militants de la FI sont noyées dans un océan de libéralisme et d’individualisme. Contre elles jouent les puissances de l’argent, de la téléréalité et de la presse people.

Par conséquent, s’il va de soi qu’il faut pouvoir échanger et faire des propositions au niveau national (pour cela, des solutions sont tout à fait envisageables), on doit prendre la mesure de certaines contraintes temporelles ; se rendre capables de toujours surprendre les adversaires, d’effectuer de grandes accélérations quand la période s’y prête. N’est-ce pas là l’ADN même de la FI ? Sa faculté de prendre les rennes, modestement ou moins, de l'histoire n’est-elle pas exactement ce qui a provoqué sa naissance, en février 2016, alors que Jean-Luc Mélenchon annonçait sa candidature avant tout le monde ? Alors, qui veut abandonner cette force pour avoir le privilège d’occuper les prochains mois à s’engueuler sur des mots et des concepts, des stratégies et des tendances ? Qu’il se dénonce.


4) Mettre la charrue avant les boeufs
Le grand maître de yoga BKS Iyengar avait pour habitude de répondre à ses élèves qui lui demandaient comment avoir la révélation mystique qu’ils devaient commencer par aligner leurs gros orteils. Il n’y a à mon sens pas plus sage parole. De même, avant de vouloir faire de la France insoumise un espace tout idéal, à la fois think-tank opérant, machine à gagner délibérative, organe de pouvoir sans chef et modèle de société, il serait bon que ses espaces opérationnels fonctionnement correctement. On le comprend, l’urgence – peut-être même la seule véritable – semble plutôt de mettre en route une structure véritablement capable d’aider les militants au quotidien. Encore après 3 ans d’existence, et malgré des efforts notables mais insuffisants, obtenir des renseignements auprès des différents pôles reste souvent une espérance bretonne : quel que soit le sujet, on ne sait toujours pas à qui s’adresser (ni à quel responsable, ni à quel suppléant), on ne sait comment faire pour obtenir des réponses à des questions pratiques, politiques ou de calendrier.

Pourtant, ces difficultés ont de quoi ruiner la motivation des militants. Certes, à cœur vaillant rien d’impossible, mais tout de même, militer est une chose difficile, parfois usante. Il est important d'avoir en tête cette donnée : la révolution citoyenne demandera une sacrée volonté collective, mais plus que tout, une organisation hors norme. C’est donc à ce niveau-là qu’on doit, je crois, pouvoir faire groupe. Chaque militant doit pouvoir passer la main ou au contraire être soutenu sans avoir le sentiment que tout est éternellement à recommencer. Et si la machine tourne, on pourra alors faire basculer le destin en notre faveur. C’est un peu aide-toi, le ciel t’aidera en version laïque. Voilà, je crois, très précisément ce qu’il faudra améliorer dans les prochaines semaines. Et si l'on aligne les pieds, la colonne vertébrale se redressera.

5) Prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages
Enfin, la défiance vis-à-vis de la poignée de dirigeants de la FI (que j’aurais bien du mal à nommer, à vrai dire, même si je ne doute pas qu’ils existent) est bien sûr à prendre en compte. Peu importe ce qui tient du fantasme ou de la réalité : le mal est fait. Alors on fait contre mauvaise fortune bon cœur pour faire feu de tout bois pour relancer la machine pour rassurer les uns et redonner du grain à moudre aux autres (!). Facile. Mais pour cela, il faut absolument quelques garanties. Par exemple :

- nommer un binôme (ou plus) de coordinateurs opérationnels :
ils auraient pour tâche de vérifier que les responsables des différents espaces répondent aux questions des militants, les soutiennent dans leurs initiatives et proposent des solutions aux problèmes qui leur sont posés. Parce que franchement, il ne faudrait pas pousser mémé dans les orties : qu’un tel ait été désigné ceci ou cela parce qu’il connaît quelqu’un dès le béguin, parce qu'on lui fait confiance, qu'il était là au bon moment, que c’est sa spécialité ou bien son dada, tout le monde peut le comprendre. Mais alors, qu’il fasse son travail correctement. Sinon, dehors : le titre doit impliquer, pour chacun, la conscience aiguë de ses responsabilités.

- Ne pas donner ces mêmes responsabilités aux mêmes éternelles personnes :
non pas parce que le cumul, c’est mal par principe, mais là encore pour des raisons purement pratiques : on travaille moins bien quand on a à accomplir trop de tâches de différents domaines. Il est normal que des personnalités – députés, animateurs d'espaces ou même salariés - de la FI soient présentes dans chaque instance pour assurer une certaine cohérence du discours, mais inconséquent de leur faire courir plusieurs lièvres à la fois. Laissons au contraire de nouvelles figures émerger, cela aura en même temps des vertus formatrices et permettra à chaque militant de s’investir pleinement en espérant avoir son quart d’heure de responsabilité, de gloire, d’émulation et de fierté sans qu’aucun sentiment de concurrence s’installe jamais. Après tout, chacun voit midi à sa porte et toutes les bonnes volontés doivent pouvoir s'exprimer. Pour motiver les troupes, ces conditions d’émancipation personnelle sont tout sauf négligeables.

- et puis, en vrac et sans exhaustivité  :
mettre en place des roulements de fonctions, tenir les militants au fait des stratégies par des comptes-rendus réguliers, admettre ses erreurs clairement, instaurer des campagnes d’appels à contributions, mettre en place des calendriers suffisamment en avance pour mener les campagnes et autres actions, voilà quelques mesures simples à mettre en place et rendre systématiques. On le sent, certaines pointent déjà depuis plusieurs mois. Elles sont au bord, elles pourraient advenir. Encore un effort. Ce doit être passionnant à faire ; les attentes sont immenses. Toutes ces propositions, et sans doute d’autres encore de cet acabit, seront capables de redonner confiance en la décision politique.

Pour terminer, il me semble que face à la situation, on peut tous se détendre un brin ; garder pour objectif premier de prendre plaisir à faire ce que l’on fait et ce, quel que soit le résultat. Agir comme on l'entend, et pour cela être sa seule mesure, ce n’est pas rien. Parfois, on se bat pour gagner mais en même temps, si on perd, cela n’a aucune importance. Cela doit pouvoir s'entendre, mais je ne sais s’il existe un dicton pour exprimer cela.


mardi 4 juin 2019

Après les élections, pour insuffler une nouvelle dynamique, lançons un concept nouveau !

Attention : parodie

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Voilà. Nous y sommes. Nous avons échoué, lourdement.
Cette campagne, que nous avions pourtant menée avec tant d’énergie, a été sanctionnée, et nous, comme tant d’autres, avons été touchés par la déferlante dégagiste. Et pourtant, des raisons de la débâcle tout ou presque était là, sous nos yeux. Tout était écrit. Notre défaite était prévisible ; elle était donc évitable.

Nous sommes nombreux à l’avoir vue venir. Moi par exemple : dès que j’ai compris, j’ai cherché à prévenir. J’ai voulu mettre en garde. Il y a des semaines, des mois de cela. J’ai maintes fois essayé, que dis-je, je n’ai eu de cesse d’alerter. Mon grand frère. Puis, devant son manque de réactivité, ma cousine aussi. Je l'ai martelé au sein des plus hautes instances. J’ai tenté, sans relâche, de faire passer le message, en interne d’abord. Plus fort aujourd’hui, au lendemain du désastre. C’est une question de cohérence. J’ai voulu agir avec la même détermination. Par pure loyauté. Mes efforts furent sans succès. Alors quoi. D’autres étaient aveuglés.

L’histoire a montré depuis que j’étais dans le vrai. À présent, mes larmes coulent au pied des cendres encore fumantes de nos espoirs déchus, et de nos espoirs déçus aussi. Je suis si triste et je pleure tant d’avoir eu raison contre tous, ou presque. Car puisque nous en sommes là, à lécher nos plaies. Tant qu’à ce que cela fasse mal, disons les choses clairement. Il aurait été judicieux – oui cela aurait même sans doute suffi – de m’écouter. Nous aurions pu faire autrement. C’était pourtant simple à comprendre : nous aurions dû faire autrement pour faire mieux. Voilà c’est dit. En faisant un peu moins, et surtout, surtout, en faisant beaucoup plus - combien de fois ne l’ai-je pas dit ? Il y a des témoins – nous aurions échappé au désastre annoncé.

À présent que faire ? Nous sommes au pied du mur.

Tout d’abord, notre premier devoir est de comprendre. Nous devons analyser tous ensemble. Faire le bilan, froidement mais avec bienveillance. Sans jamais chercher les querelles ni les boucs émissaires. Mais tout de même. Il ne faudrait pas non plus nier les responsabilités. Commençons par prendre la mesure de notre échec, pour prendre les mesures qui s’imposeront. Tout cela en même temps. Alors oui, regardons les choses. N’ayons pas peur d’aller au bout. J’ai envie de dire : parlons clair et juste et surtout, sans langue de bois. L’objectif est immense.

Aujourd’hui, nous voulons d’abord nous occuper de tous ces hommes et ces femmes qui ont la gueule de bois. Mais pour cela, il faudra tirer les leçons de cet échec annoncé, sans piqûre de ciment. Je n’ai pas peur, je veux bien montrer la voie. Nous avons besoin de sang neuf. Car derrière le nécessaire débat stratégique se profile aussi une question de moins en moins taboue au sein du mouvement : comment nous débarrasser des ambitieux ? Car c’est là le vrai problème. Nous allons faire le ménage. Sans haine toutefois, sans coup d’éclat. Fini, le temps de la fureur.

Attention. Loin de moi l’idée de faire porter le chapeau à untel et à la stratégie du bidule qu’on a enclenchée. Les choses sont beaucoup plus complexes. Et pour ma part, j’y vois clair. Il ne suffira certainement pas de décréter qu’il faut revenir à la stratégie du machin pure et dure. Pour autant. À force de brouiller les pistes, nous avons fini par mécontenter tout le monde. La semaine dernière encore je le disais à mon facteur : « La stratégie est trop ceci pour les tenants de cela, et trop cela pour les partisans de ceci. Mon facteur alors semblait dubitatif. Et bien je lui dis : c’est moi qui avais raison.

Alors à présent, la discussion que nous devons avoir, c'est quelle stratégie et comment on se met en mouvement. Pour gagner. C’est là ma seule ambition. La réponse la voilà. Nous devons rassembler tous ceux qui voudont nous suivre. Nous avons par trop divisé quand il fallait renouer. Nous n’aurions pas dû rejeter, mépriser, encore moins oublier. L’erreur d’aiguillage était là, dès le départ. À la fin c’est aussi ce qui nous a manqué. Voilà, en d’autres termes, notre ligne politico-stratégique était une faillite sur toute la ligne.

Oui, c’est vrai, nous avons été sonnés. Mais c’est sans doute un mal pour un bien.

Il nous fallait nous réveiller. Si aujourd’hui le coup porté est immense, nos responsabilités le sont aussi. En ce qui me concerne, je reste disponible.

Cependant, il faudra procéder avec ordre. Mais pour cela. Nous le ferons en toute humilité. Car nous savons apprendre de nos erreurs. Tout d’abord, nous ne devons pas avoir honte de ce que nous sommes. Toutefois nous devons changer. Nous devons accentuer, nous devons retirer, et prendre au plus vite une autre direction, afin de nous mettre, tous ensemble, en ordre de bataille. Pour cela il faudra renouer avec la direction d’origine. Pour résumer : il est temps de prendre une autre direction d’origine.

Avec de la volonté, ce sera possible. Il n’est pas trop tard. Pour impulser une nouvelle dynamique, il nous faut un concept nouveau. Un concept capable de nous faire renouer avec nos fondamentaux tout en allant de l’avant. Ce concept, c’est le moi je. Plus que tout, le moi je est capable d’unir. Voilà le chemin : tournons-nous ensemble vers le moi je. Car je pense pouvoir contribuer au débat.

J’entends déjà une polémique poindre, entre les tenants du je je moi je et ceux qui lui préfèrent le moi moi je je. Ces débats sont légitimes, ils auront lieu en temps opportun. Mais il n’empêche. En attendant nous devons rassembler. Collectivement. Et il ne fait pas de doute que dans la période difficile et complexe que nous traversons, le moi je, simple, fédérateur, sera le mieux à même de parler au plus grand nombre. S’arrêter au seul moi moi je je serait mortifère : nous devons viser bien plus loin.

Ne soyons pas petits bras. Que voulons-nous ? Les arrangements minables et les querelles de clocher ? ou bien la Victoire ? Oui. Nous voulons tous ensemble le grand V. Notre véritable ambition est la prise du pouvoir. Pour cela, inventons : des lieux de rassemblement et des espaces de dialogue. Oui, partout, à toutes occasions, n’ayons plus que le moi je à la bouche. Rassemblons-nous et, tous ensemble, testons-le, mettons-le à l’épreuve. S'il le faut, amendons-le. Que le moi je devienne notre prochain idéal. Moi-même, je je moi je ne plaisante pas. Ce n’est pas mon genre. Je dirais même : ce serait mal me connaître. C’est de notre projet commun que moi je parle.


(merci aux nombreux contributeurs).

vendredi 1 décembre 2017

CONVENTION FI À CLERMONT-FERRAND - J'Y ÉTAIS !

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Organisation collective

Le week-end dernier a été marqué par la 3ème Convention de la France insoumise. Elle avait lieu à Clermont-Ferrand, ville centralement placée et où ont afflué des cars affrétés gratuitement de tout le reste de la métropole. Cet événement a réuni 1500 militants, en nombre paritaire, dont une grande majorité avait été tirée au sort. J’ai eu l’honneur de participer à cette Convention et d’en animer certaines séquences avec les députés Adrien Quatennens et Alexis Corbière. En conséquence, mon regard sur ce week-end est à la fois décalé, partiel, franchement subjectif mais peut-être éclairant, car j’ai pu voir ce qui se passait dans la salle, tantôt assise à une table parmi mes compagnons, tantôt sur scène, tantôt enfin depuis les coulisses. Ce fut un moment joyeux pour nombre d'entre nous.



Mais pour le mouvement, cet événement m'a paru fondateur. Le samedi ont été annoncées les trois grandes campagnes que les Insoumis vont mener en priorité. La deuxième journée était davantage consacrée à l’organisation du mouvement et à ses méthodes d’action.

Ce que j’ai perçu de la Convention, c’est tout d’abord une organisation extrêmement bien rodée. Quand je suis arrivée samedi matin et ai traversé la salle immense, j’ai été très impressionnée. Elle était éclairée de lumières tamisées et garnie de dizaines de tables rondes également réparties. Mais j’ai pu me rendre compte par la suite qu’elle était encore plus impressionnante remplie que vide, c’est à dire une fois les insoumis installés. Cette disposition en îlots ainsi que l’idée de monter quatre scènes de part et d’autre de la salle permettaient d’exploiter pleinement la grande halle d’Auvergne pour lui donner vie. Visuellement tout avait été pensé : les interventions s’enchaînant feraient aller les regards du public d’une scène à l’autre tout au long de ces deux journées. De plus, la présence permanente d’un contrebassiste « maître du temps » donnerait une touche paisible et agréable à ce qui d’ordinaire ne l’est pas : écourter une intervention ou faire cesser un travail en commun, lors des cogitations.

Plus largement, une question m’a semblé particulièrement significative, celle des espaces, qui se sont multipliés et entrecroisés tout au long du week-end. Par exemple, aux abords de la salle se trouvait un « village » insoumis, espace attenant donc mais autonome, composé de stands divers comme autant de maisonnettes. Un autre espace était celui des médias, à commencer par la radio insoumise, organe lui aussi indépendant qui s’est créé et accompagne la FI depuis des mois maintenant. Celui-là était plutôt itinérant puisque ses envoyés spéciaux allaient partout faire leurs reportages. Un autre espace, enfin, était celui des réseaux sociaux, qui permettait un accès essentiel à la Convention par les insoumis qui ne s’étaient pas déplacés, voire un public plus large encore.

J’ai évoqué les différents lieux de la Convention et leur caractère volontairement ouvert. De manière évidente, cette ouverture avait pour corollaire l’extrême mobilité de chacun : une fois faites les vérifications liées à la sécurité, on pouvait circuler librement. On peut penser que cette même fluidité est allée jusqu’à régir, ou du moins influer les tâches des Insoumis au sein de la Convention. Je vais donner un exemple. Sur place, chaque membre pouvait s’il le souhaitait de se rendre dans l’espace-vidéo et y faire un petit film sur un sujet qui lui tenait à cœur. Si le film était tiré au sort, il était alors projeté à toute l’assemblée et sur le site.


Collectif en mouvement

Or, c’est à mon sens le même état d’esprit qui permettait de retrouver un voisin de table un peu plus tard, tenant le stand d’une association, d’une revue, vendant du matériel militant, répondant aux questions des journalistes ou même intervenant sur scène. À la facilité de circulation répondait la possibilité pour tous de changer de rôle ou de fonction au gré de ses envies. Car à l'intérieur de ces espaces, chacun pouvait être amené à accomplir un acte militant, participer à sa façon. Un autre prolongement intéressant de l’espace insoumis était celui de l’hébergement proposé aux membres de la Convention par de nombreux militants de Clermont-Ferrand.

Dans ce genre d’organisation libre et mouvante, il n’est donc pas difficile de concevoir qu’un membre de la Convention quel qu’il soit ait pu bénéficier d’une formation à part entière pendant le week-end. Peu importait d’où nous venions, quelle était notre expérience ; que nous ayons été tirés au sort, invités au titre de coordinateurs d’un livret thématique ou en tant que représentants de l’espace politique, syndical ou social : chacun de nous finalement a eu droit à un moment d’enseignement de pratiques militantes nouvelles. Le dimanche matin en effet, lors de la séquence sur les mises en action, une présentation de méthodes innovantes de porte à porte nous a été faite dans la grande salle par deux jeunes gens spécialistes de la méthode Alinsky. Elle était, bien sûr, diffusée en streaming.

L’objectif de la formation était de montrer en quoi il est souvent plus intéressant de partir de la population d’un quartier et de ses besoins que de chercher à imposer à celle-ci des discours politiques tout faits. Ces intervenants ont alors mis en scène leurs méthodes. Pas de théorie ni de discours plaqué, mais la preuve par l’action. Les deux intervenants ont su illustrer leur propos en l’incarnant. Pour ma part, je ne suis pas prête de l’oublier. Je m’en souviendrai parce que j’y ai appris quelque chose avec bonheur et curiosité. Je ne suis sans doute pas la seule.

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Et mouvement qui s'organise

À mes yeux, la grande particularité de la France insoumise est qu’à l’image de cette formation à la méthode Alinsky, elle prétend devenir ce qu’elle défend. Elle est un mouvement, c’est à dire un organe à la fois fluide, ouvert et fondé sur des principes stables et un programme clair. Elle est un laboratoire de pratiques, y compris au niveau de sa propre organisation, et se veut un mouvement populaire. Par conséquent elle n’a pas le choix : elle doit assumer sa vocation expérimentale tout en cherchant à atteindre le plus grand nombre. C’est ce que faisait Manuel Bompard dans son discours de conclusion lorsqu'il évoquait l'"humilité" avec laquelle nous devons aborder ce "défi complexe". Mais pour qui veut réfléchir à ce que pourrait être la société idéale du XXIème siècle, c’est aussi un défi passionnant.

Ce mélange de rigueur et de fluidité est un bien précieux. Il m’apparaît comme la véritable colonne vertébrale de la FI. C’est lui qui explique la très grande accessibilité de nos orateurs nationaux ; lui aussi qui permet à tous les groupes d’action qui souhaitent être utiles sur le terrain d’agir librement sans se sentir isolés pour autant. Loin de la bulle En marche qui a vu ses militants réduits à voter pour leur chef de file et unique candidat au poste Christophe Castaner dans un simulacre de démocratie, la France insoumise est en train de construire une forme de communauté où tous les bras et toutes les voix comptent. Désormais notre mouvement a donc bien plus qu’un programme. Il a aussi une histoire - deux campagnes, plusieurs mois d’opposition au mandat actuel -, une charte, une feuille de route, des méthodes d’action. Au terme d’une nouvelle phase de réflexion collective, il se dotera bientôt d’une Assemblée représentative. Alors, que demande le peuple ?

mardi 20 juin 2017

LA GLYCINE ET LE HARICOT MAGIQUE

Glycine

Prendre racine

A l’issue des élections législatives, la France insoumise a obtenu un nombre très satisfaisant de représentants à l’Assemblée nationale : 17 très exactement. Si leur on ajoute les partenaires que seront les communistes et peut-être même quelques socialistes, cela constitue un groupe fort d’opposition humaniste à la politique libérale qui est en train de se mettre en place. Dans le contexte actuel, où le gouvernement et le président de la République comptent profiter du chamboulement du paysage politique pour faire passer en force des mesures liberticides et détruire les droits des salariés, c’est une nouvelle plus que rassurante. Sur ce plan comme sur d’autres, la France insoumise a gagné. En s’inscrivant au sein des instances législatives de notre pays, elle permet à des personnes de grande valeur de faire résonner la voix des citoyens. Pour contrer les élus macronistes, la parole de Jean-Luc Mélenchon, de François Ruffin, ou encore de Marie-Georges Buffet, de Clémentine Autain, d’Alexis Corbières et de tous les autres députés fraîchement élus sera plus que bienvenue. Tous ont un caractère bien trempé, de ceux qu’il faudra pour faire barrage chaque fois que nécessaire au suivisme béat des élus godillots de LREM, mais aussi des républicains, de certains (autres) socialistes et de tous ceux qui ont pris, prennent ou prendront le train « en marche » une fois flairée l’aubaine de la chasse aux postes. Que tant de responsables politiques soient tenus en laisse n’est en effet pas bon pour le pays. Dans ces circonstances, la présence de députés France insoumise au sein de l’Assemblée était donc une nécessité d’ordre démocratique. Là où la majorité libérale aurait souhaité faire passer des lois iniques en toute discrétion, nos élus se lèveront et imposeront le débat. Par leur intermédiaire les citoyens seront alors informés des véritables conséquences de ces projets sur leur quotidien. Voilà de quoi se réjouir.

Justement, si l’on regarde maintenant le paysage actuel, la France insoumise est une force incontournable. Ainsi notre projet de société humaniste devient un point d’appui sur lequel toute l’opposition au libéralisme pourrait se construire. C’est une performance dans le cadre de la Vème République, où il est si difficile à une force politique d’exister quand ses membres ne font pas partie de la caste, des oligarques, qu’ils mènent campagne avec peu de moyens et que les médias, décidément toujours à la remorque des événements, font systématiquement le jeu des mêmes éternels professionnels de la politique. Malgré tout cela, nous avons gagné cette représentation institutionnelle. Souvenons-nous, la France insoumise a tout juste un an et cinq mois. Or, si les partis traditionnels accusent le coup, notre mouvement est plus que jamais vivant. Nous sommes dans une toute autre dynamique. Ce n’est pas peu.

Un sol propice

De plus, les deux élections qui viennent d’avoir lieu ont permis à notre mouvement de faire son entrée sur le « terrain ». Car la France insoumise est avant tout un mouvement populaire. C’est le cas grâce aux 4600 groupes d’appui qui parsèment tout le territoire. Les 566 candidatures législatives - sur 577 circonscriptions - auront également joué un rôle essentiel. Voilà autant de naissances à la vie politique (94 % des candidats n’avaient aucun mandat local, 63 % n'étaient membres d'aucun parti politique) qui furent l’occasion de distribuer des tracts aux passants et discuter avec eux, de faire du porte à porte, d’aller sur les marchés, de participer à des rencontres citoyennes et à des initiatives de toutes sortes. Les échanges ont donc été nombreux et ont contribué à asseoir notre crédibilité auprès de la population. Parfois nous sommes parvenus à tisser une relation de confiance avec des interlocuteurs franchement dégoûtés de la politique. Bien sûr, tout ne saurait se régler en quelques mois. La très forte abstention de ces dernières élections montre que nous devrons poursuivre nos efforts.

Parmi tous ceux qui ne se déplacent plus pour voter, une grande part pourrait en effet prêter une oreille attentive à nos propositions. Y parvenir est d’autant plus important que l’abstention ne fait que confirmer l’essoufflement de nos institutions. Aujourd’hui cet essoufflement est tel qu’il nous fait courir le péril du parti unique et de son plein pouvoir. La politique vous désespère, vous êtes en colère contre la caste qui nous domine ? Aidez-nous à passer à la VIème république pour redonner du pouvoir au peuple ! Nous scandons cela avec sincérité mais pour beaucoup de personnes c’est comme si nous disions : Vous n’aimez pas la politique ? Et bien reprenez-en une louche. Un gouffre nous sépare encore de bien des citoyens. Le point de départ c’est ce rejet quasi viscéral du fonctionnement de nos institutions, et plus encore des politiciens au pouvoir qui les incarnent. Or, justement, pour sortir des institutions actuelles, il faut être en mesure d’analyser leurs dysfonctionnements pour en envisager de nouvelles mais surtout élire - accepter d’élire - à nouveau des hommes et des femmes politiques. En l’occurrence les candidats France insoumise. Par conséquent, quand nous proposons un changement radical d’organisation, d’autres voient un énième lot de belles paroles… politiciennes.

Retourner le paradoxe apparent en objectif commun, convaincre ces millions de personnes d’aller voter pour fonder une république parlementaire avec un référendum révocatoire, voilà donc le véritable défi. Il est de taille mais tout de même, pensons à tout ce qui a été accompli pendant près d’un an et demie : j’ai vu si souvent des personnes hésitantes repartir avec le sourire après avoir découvert notre programme. A l’issue de ces rencontres, certains mêmes nous ont dit vouloir prendre leur carte d’électeur. Je n’oublierai pas ces moments. Pourtant je ne crois pas qu’à grande échelle la parole suffise : elle est désormais trop suspecte. Le goût de la politique passera par d’autres formes militantes.

Stratégie du rhizome

Nous avons été capables de faire campagne partout en France et pour les Français à l’étranger. Les compétences de militants venus de tous horizons, justement parce qu’elles se distinguaient souvent des pratiques habituelles des campagnes électorales, se sont alors avérées précieuses. Beaucoup étaient engagés de longue date dans des associations ou des syndicats, d’autres ont pu faire valoir leur expérience professionnelle. Grâce à tout cela ils ont accompli un travail exigeant : celui de la coordination. A vrai dire, cet incroyable bouillon de culture et de savoir-faire que nous avons constitué tous ensemble aurait pu être un frein à notre efficacité. Des questions d’ego, des velléités d’autorité et toutes sortes de malentendus s’y mêlant, l’effort collectif aurait pu finalement nous emporter tous. Maintenant que nous y avons échappé, il est important de percevoir à sa juste mesure le danger que nous avons, qu’il nous fallait courir. Car c’était, je crois, une étape nécessaire. Mais notre organisation interne, dans sa forme à la fois si nouvelle et si radicale, a tenu bon. Au contraire, et sans minimiser pour autant les difficultés que nous avons connues ni même d’inévitables erreurs de débutants, nous avons appris en un temps record à orchestrer, construire, planifier, bref mener d’un bout à l’autre des campagnes locales solides. C’est énorme et ce, pour au moins deux raisons.

Tout d’abord cela montre que l’organisation démocratique du pays que nous appelons de nos vœux ne provoquera pas le chaos. Comme le dit Jean-Luc Mélenchon, les grenouilles ne vont pas se mettre à pleuvoir avec le passage à la VIème République. On peut bien remettre en cause la structure pyramidale de nos institutions pour en proposer une plus horizontale, fondée sur la participation active des citoyens : nous ne baignons pas dans l’utopie. Voilà un point important. Mais de manière plus prosaïque, dans les semaines et les mois à venir, nous devons songer aux prochains rendez-vous électoraux. Or, et c’est la deuxième raison de mon optimisme, nul doute que notre investissement de proximité présentera un grand avantage à côté, par exemple, des candidats LREM. Eux n’ont presque pas fait campagne. On les a peu vus sur le terrain. Beaucoup d’entre eux ont refusé de participer aux débats avec leurs concurrents. Si nous poursuivons le dialogue et les actions citoyennes, multiplions les rendez-vous et les rassemblements populaires, favorisons la réflexion autour du programme l’Avenir en commun pour en assurer l’évolution et, bien sûr, pas uniquement à l’approche des campagnes mais au quotidien, nous pouvons donc être confiants. Notre jeune mouvement est en train d’engranger une vigueur politique que d’autres n’auront jamais. Là encore c’est beaucoup.

Fleurir (enfin)

Car bien sûr il faut penser à la suite. Ce qui a été acquis hier sera déjà en place aux prochaines échéances. C’est comme des graines qu’on sème et qu’il faut arroser. Nous avons tous les signes qu’une germination est en cours. Pas plus, pas moins. Certes nous ne sommes pas, comme d’autres, le haricot magique qui a crû et atteint les cieux à peine jeté à terre. Mais finalement qu’importe si le temps nécessaire à la formation nous rend plus robustes qu’une plante artificielle ? À l’Assemblée nationale, dans la rue et sur les places, avec d’autres citoyens engagés notre présence s’avérera d’utilité publique. Nous avons une responsabilité, nous pouvons du moins la prendre ; devenir à grande échelle des lanceurs d’alerte en perpétuelle vigilance, bruyants, systématiques. Mais laisser aussi entrevoir un projet de société respectueux à la fois de l’homme et de la planète. Nous devons viser l’efficacité. Ainsi les mesures annoncées par le gouvernement seront-elles autant d’occasions d’opposer notre programme : contre la destruction des droits des salariés, mais pour la solidarité ; contre les ordonnances, mais pour une démocratie parlementaire ; contre l'inscription dans la loi de mesures de l’état d’urgence et l’interdiction de manifester, mais pour la défense des libertés publiques ; contre le pillage des ressources sur lequel prospère le capitalisme, contre même le green-washing dont Emmanuel Macron s’est fait une spécialité, mais pour la règle verte ; contre la marchandisation de nos services publics, mais pour l’accès de tous aux droits fondamentaux. Il faudra un peu de temps et nous irons notre chemin. On dirait que nous sommes plutôt du genre de la plante grimpante. Et bien soit, qu’à cela ne tienne : lorsqu’elle est en fleur, la glycine c’est quelque chose.

vendredi 5 mai 2017

NOUS, FIERS ET INSOUMIS

Que les choses soient claires. En aucun cas nous ne voulons du Front National. Nous ne supportons plus que des réfugiés se noient dans la mer. Et il est hors de question de laisser toutes les digues tomber dans notre pays aussi. Nous refusons d’entendre des remarques racistes, homophobes, partout, dans les trains, dans les cafés et sur les places publiques. De voir certains visés, spécifiquement mis au ban. Les enfants étrangers privés d’école. Les enfants des pauvres privés de cantine. Nous refusons que l’horreur devienne une banalité. Nous sommes présents, nombreux et nous sommes organisés.

Nous n’en pouvons plus du libéralisme. Nous ne voulons plus voir les salariés traités comme des esclaves. Le chômage, les travailleurs pauvres, les retraités aux pensions de misère. Nous ne voulons d’aucune caste dominante. Nous ne voulons pas laisser nos enfants empoisonnés par des pesticides. Nous ne voulons pas que des enfants travaillent pour fabriquer nos smartphones. Confectionner nos tee-shirts. Nous voulons que personne ne se tue à la tâche. Nous ne voulons pas que les travailleurs détachés soient payés au lance-pierre. Nous ne voulons pas être exploités. Nous ne comptons pas rester les bras croisés.

Nous rejetons l’oligarchie. A la place, nous voulons une véritable démocratie. Sans 49.3, sans ordonnance, sans article 16. Nous n’en pouvons plus du règne de l’argent. Nous avons un idéal. Nous pouvons changer le monde et la constitution.

Nous haïssons toute forme de discrimination. Nous voulons que les salaires entre hommes et femmes soient équivalents. Nous refusons de faire la guerre pour acquérir du pétrole. Nous ne voulons pas être terrorisés sur nos places publiques. Nous ne supportons plus que des hommes et des femmes en fuite se noient chaque jour dans la mer. Nous ne supportons plus que les survivants soient humiliés sur notre territoire. Nous ne pouvons plus accepter chez nous les fruits pourris de l’exploitation et de la pollution. Nous ne voulons plus des produits de la honte. Nous voulons mettre fin au pillage de la planète. Nous ne voulons pas considérer les êtres vivants comme des matières premières. Nous n’avons aucune intention de produire des dividendes, mais simplement les biens qui nous sont nécessaires. Les gens responsables, c’est nous. Nous sommes responsables et solidaires.

Ce second tour est une douleur. Nous voulions avoir le choix. Or, qui pourrait prétendre que le choléra en est un ? Nous votons en conscience. Nous sommes des gens responsables. Mais nous voulons être libres, toujours : c’est cela être insoumis. Et par notre insoumission, peu à peu, nous sommes en train de créer une autre voie. Déjà, nous sommes devenus une force en action. Un premier espoir. Nous n’avons aucune intention de nous arrêter là. Nous sommes fiers, avec ça. Nous avons un beau projet. Cohérent, réaliste et chiffré. Il est écrit noir sur blanc, nous pouvons encore le faire appliquer. Mais pour ce faire, nous devons être élus. Pour cela devenir députés en masse.

Il faut qu’il y ait le plus possible de représentants de la France insoumise à l’Assemblée nationale. Élus en nombre suffisant, nous pourrons mettre des bâtons dans les roues, chaque fois que nécessaire, à nos opposants. Les fascistes, les libéraux. Mais majoritaires nous pourrons faire davantage encore : nous revaloriserons alors les droits des salariés, engagerons la planification écologique, assurerons un régime de sécurité sociale universelle. Nous pourrons agir, avec comme seule boussole l’intérêt général humain.

Il est encore temps de rendre les années à venir enthousiasmantes. Avec l’appui du peuple, et malgré le règne sinistre qui se prépare, nous pouvons mettre en place en France les moyens d’un progrès véritable. À la condition que chacun se mobilise lors des élections législatives des 11 et 18 juin prochains. C’est bientôt, nous sommes prêts. Nous sommes plus insoumis et motivés que jamais.

vendredi 21 avril 2017

LE PEUPLE, FÉDÉRÉ

Sur le terrain

Les dernières semaines de la campagne ont été l’occasion dans le coin où j’habite de multiplier les actions. Comme d’autres l’ont fait un peu partout ailleurs, j’ai pu me rendre avec d’autres insoumis sur plusieurs marchés, organiser des réunions publiques. Et pour clore la campagne de manière conviviale ce vendredi des « apéros insoumis » auront lieu dans tout le pays. Tandis que la tension monte, je dois avouer que toutes ces initiatives me font du bien. Les rencontres de terrain m’ont permis de mesurer, alors que le changement de président est désormais imminent, les attentes de tous ceux qui, sans militer n’en ont pas moins une idée très claire de la situation du pays.

Il est frappant de voir que le diagnostic est souvent partagé et les besoins semblables : tous ceux à qui je parle, sans exception, souffrent d’une forme de précarité. A commencer par les retraités : s’ils étaient actifs à une période qui n’a quasiment pas connu le chômage, beaucoup touchent aujourd’hui peu de revenus, quand ils ne vivent pas tout bonnement sous le seuil de pauvreté. Voilà le scandale : anciens ouvriers agricoles (nombreux dans mon département), femmes au foyer, commerçants ou salariés dans des entreprises diverses vivotent péniblement après une vie de travail. Ils en ressentent pour la classe politique un dégoût bien compréhensible.

D’une personne à l’autre, les réponses à apporter aux difficultés quotidiennes, bien sûr, varient. Mais l’agréable surprise de ces conversations a été de voir que les gens sont très nombreux à reconnaître à Jean-Luc Mélenchon une réelle capacité à comprendre leur situation et aux propositions de la France insoumise, celle d’améliorer les choses. Les plus convaincus se disaient sensibles à la dimension écologique du programme, au souci de garantir à tous les enfants une alimentation saine et la gratuité totale de l’école, à l’attention portée à la condition animale et, comme le point de départ de tout le reste, à la nécessité de rétablir la souveraineté du pays. Et puis, plus que tout, c’est le rejet de la vieille politique, celle des tambouilles et des recyclages de postes, celle des arrangements et de l’impunité des gouvernants fraudeurs, qui est apparu. C’est presque le dénominateur commun de toutes les personnes à qui j’ai eu l’occasion de donner un tract, de distribuer une invitation pour une réunion ou servir un verre à l’issue de celle-ci.

Un peuple souverain

Le grand mérite de la campagne de la France insoumise est sans doute celui-ci : recréer dans le pays un véritable sentiment de communauté. Au cours de ces derniers mois, un « nous » s’est constitué, tout d’abord en opposition à cette même caste accrochée à ses privilèges. Mais heureusement ce « nous » est très vite devenu une communauté en action, capable de s’emparer d’un véritable projet de société. Grâce à la France insoumise, le peuple a repris une visibilité tout simplement parce qu’il a été pris en compte, dans sa diversité mais aussi dans ses besoins les plus élémentaires. Il habite pour ainsi dire chaque page, chaque mesure de L’Avenir en commun. Le programme de la France insoumise parvient même à articuler de façon intelligente le rôle du peuple français au sein de ce que Jean-Luc Mélenchon nomme « la civilisation humaine ». Ce peuple-ci ne se constitue pas dans le rejet des étrangers et des immigrés qui sont si souvent obligés de fuir leur pays. Il ne se constitue pas dans une identification ethnique fantasmée, ni une imagerie galvaudée du genre « nos ancêtres les Gaulois ». Il trouve son fondement dans la nature institutionnelle du pays : le peuple français est l’ensemble des citoyens vivant sous la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité ».

C’est au nom de cette devise élevée au rang de principe humaniste que le programme de la France insoumise a été élaboré. La volonté par exemple de passer à une VIème République, où chacun pourrait s’impliquer, donner son avis et décider pour le groupe est un aboutissement logique (et, il est vrai, en phase avec la société d’aujourd’hui) de notre devise. Mais il est plus frappant encore de constater que pour la France insoumise, la façon même de mener campagne est en cohérence avec elle. Et en créant des groupes d’appui locaux, ces espaces citoyens où chaque militant pouvait avoir voix au chapitre, les insoumis ont jeté les premières bases de cette nouvelle république participative. Tout le monde y était et est encore bienvenu sans que lui soient demandés son parcours, son origine ou même son appartenance politique antérieure. C’est en résonance avec notre devise enfin que des réunions publiques et ouvertes se sont multipliées sur tout le territoire.

Ceux qui se reconnaissaient dans la définition d’un peuple souverain ont trouvé dans le mouvement de la France insoumise les moyens de s’organiser en puissance politique pour reprendre un pouvoir qui leur est refusé par l’oligarchie. La France insoumise est ainsi un mouvement inédit qui se nourrit de lui-même : les insoumis ne sont rien d’autre qu’une incarnation du peuple, et le peuple en prenant conscience de lui-même et de son pouvoir devient, de fait, insoumis.

Dans la foulée

Cette capacité à accueillir en son sein tout ce qui se pense comme l’élément d’un tout est notre force, indéniablement. Jean-Luc Mélenchon à ce titre parvient avec un grand talent à réveiller notre sentiment non seulement d’appartenir à la communauté des hommes, mais encore de faire pleinement partie (et donc, d’être tributaires) de la biodiversité. Deux exemples de ce que l’on a pu entendre à l’occasion de la campagne illustreront cette vision. Dans son discours à Toulouse qui a eu lieu le 16 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon a énuméré un grand nombre de catégories populaires abandonnées par l’État :

Discours de Toulouse – extrait à 1 : 09 : 30

Comment, à l’issue d’une telle énumération, ne pas se sentir solidaire de ces gens, femmes et hommes, dont la liberté se trouve entravée par leur condition sociale ? Si l’on est attaché à la devise républicaine qui fait notre socle citoyen et peut-être même moral, que tant de personnes soient ainsi privées de leur droit le plus élémentaire est insupportable. Chacun s’en sentira immédiatement solidaire. C’est là une façon de faire renaître le sentiment de fraternité. Et par ricochet, comment celles et ceux qui se sont reconnus dans cette énumération ne se trouveraient-ils pas également une communauté de besoins entre eux ? Par son discours le candidat de la France insoumise a ainsi su rapprocher son auditoire de ceux qu’ils nommaient, puis chaque personne nommée de toutes les autres citées avec elle, et rapprocher enfin toutes ces personnes énumérées du public qui écoutait. En quelque sorte, à l’issue du meeting, la boucle était bouclée ; chacun repartait avec une conscience affermie s’il en était besoin de son appartenance pleine et entière au peuple.

Pour autant, et c’est là toute la beauté du mouvement de la France insoumise, notre empathie ne saurait se porter sur les citoyens de nationalité française exclusivement. Appartenir à la communauté humaine doit nous amener à montrer une attention particulière envers tous les hommes quels qu’ils soient dès lors qu’ils souffrent. Le long silence fait par tout le public à Marseille le 9 avril en hommage aux milliers de noyés de la Méditerranée fut selon moi une noble manifestation de cette pensée. Cette minute solennelle a eu la grande force de faire nôtres quelques instants ces morts jusqu’ici anonymes et de leur rendre, comme en un geste ancestral, leur dignité.

A l’heure où j’écris le peuple n’a pas encore choisi son prochain président. Mais quel que soit son choix, ce nouveau chef d’État ne pourra à présent avancer seul. L’oligarchie a tenté de nier la volonté de la population en abusant du 43.al.3 pendant tout le quinquennat précédent. Mais après une telle campagne, la capacité du peuple à se fédérer, s’informer et s’organiser s’est affirmée. Allons voter dimanche, plus que jamais il le faut si nous voulons changer les institutions et améliorer rapidement nos vies. Mais nous pouvons déjà en être certains : la révolution citoyenne n’a pas attendu le 23 avril 2017 pour commencer. Elle n’est pas prête de s’arrêter.