La tentation de la table rase

La vie politique est étonnante. Elle est en permanence bouleversée par des événements inattendus. Ces rebondissements lui donnent parfois l’étrange allure d’un feuilleton sans fin. Pour ma part cela fait plus d’une semaine que j’essaie de finir un article sur le rôle des médias dans la campagne présidentielle, sans y parvenir tant les péripéties transforment d’un jour à l’autre le paysage politique. Elles chamboulent toutes nos représentations au passage : de l’affaire Fillon aux ralliements à Emmanuel Macron, de la chute rapide de Benoît Hamon dans les sondages à la manière des journalistes de considérer Jean-Luc Mélenchon, maintenant que sa présence au second tour leur paraît possible. Plus on approche des élections, plus l’actualité ressemble à une boule de flipper… Il y a là de quoi avoir le tournis.

Mais si tout s’emballe ainsi, c’est sans doute que l’enjeu est de taille. C’est que la politique est un long chemin, parsemé de pierres, fait de bifurcations et de virages plus ou moins serrés. Par ailleurs, j’ai déjà évoqué dans mon précédent article le dramatique enlisement démocratique dans lequel nous ont plongés nos institutions de la Ve République. Tout cela nous donne le sentiment désagréable d’être ballotés au gré des événements sans avoir de prise véritable sur ce qui a vraiment de l’importance, à savoir notre destin collectif. Aujourd’hui, toute la question est de savoir quelle combinaison transformation / stabilité serait la bonne formule pour mener notre société vers un horizon plus dégagé.

Constance et insoumission

Cependant, dans cette ambiance de rejet des vieilles recettes, l’erreur serait de se laisser prendre au seul discours moderniste. On court alors le risque d’être trompé sur la marchandise. Macron en est un exemple parfait, qui présente son programme comme novateur alors même qu’il n'est pas loin des bureaux de l'Elysée depuis sa participation à la commission Attali en 2008. A vrai dire, ses propositions sont un peu plus sociales et surtout beaucoup plus libérales encore que sous le quinquennat Hollande. C’est cette combinaison, simple variation du socio-libéralisme, qu’il prétend moderne. Or, pour parvenir à la fonction présidentielle il est capable de dire tout, son contraire et dans une même foulée d’accepter les soutiens d’Alain Madelin, de Manuel Valls et de Robert Hue. Mais si l’on se place de son point de vue c’est bien normal : l’enjeu pour lui est de s’attirer les faveurs des citoyens en répondant à leurs attentes, là où il ne vise au fond qu’à protéger l’oligarchie politique et financière. Macron, c’est la quadrature du cercle. Elle ne trouvera finalement de solution que dans un discours aussi vide de sens que possible et joliment emballé sous le ruban de la modernité.

Au contraire, pour atteindre un horizon de progrès entièrement tourné vers le peuple et son intérêt, avec un partage plus équitable des richesses et la protection du bien commun, nul besoin d’essayer de faire rentrer le dentifrice dans son tube : quand on sert les citoyens sur la base des principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité, les contradictions tombent d’elles-mêmes. Et à ce titre, seul le projet de la FI présente la constance nécessaire. Et en effet, depuis la publication du programme l’Avenir en commun en décembre 2016, lui-même version améliorée du programme l’Humain d’abord de 2012, enrichie d’apports citoyens et d’une dimension écologique centrale, il n’y a eu aucune inflexion du discours ; pas de démagogie, nulle variation au gré de l’actualité et des mouvements de mode. C’est cette solidité programmatique qui permet à Jean-Luc Mélenchon de proposer l’inscription dans la constitution d’un certain nombre de règles, à commencer par la règle verte qui garantira à la nature et à ses ressources de ne plus être pillées comme elles l’ont été sous le règne du capitalisme. C’est cette solidité qui l’a amené à proposer sur les questions de politique internationale de lutter en priorité contre l’État islamique et de prévoir une solution diplomatique et démocratique pour la Syrie. Il l’a fait des mois durant, malgré les critiques qui pleuvaient alors de toutes parts. Or, depuis l’ONU lui a en quelque sorte donné raison puisqu’elle vient d’adopter une résolution en faveur d’un vote du peuple syrien pour choisir son avenir.

Jean-Luc Mélenchon, figure rassurante

Cerise sur le gâteau, c’est donc cette même solidité qui caractérise le candidat de la France insoumise. Le projet pour le prochain quinquennat, par son ambition et la profondeur des changements qu’il appelle, doit être porté par une personne particulièrement lucide sur les besoins du pays, une personne capable de fermeté face à ses interlocuteurs, notamment sur le plan international et européen, mais aussi parfaitement au clair sur le budget du programme. Jean-Luc Mélenchon est de ceux-là. Il est porteur d’une vision cohérente pour son pays. Mardi 4 avril, lors du Grand Débat télévisé qui réunissait les 11 candidats à la présidentielle, je n’ai vu cette force de caractère chez personne d’autre que lui. Par exemple il a su rappeler à Marine Le Pen que contrairement à elle il a voté contre la directive « travailleurs détachés » qui pérennise le déséquilibre salarial entre les travailleurs européens. Quand d’autres laissent passer des lois qu’ils dénoncent ensuite, comme pour mieux entretenir leur fond de commerce électoraliste, lui sait parfaitement joindre les actes à sa parole. Plus tard, il a expliqué que la laïcité n’offrant aucune exception, les crèches ne doivent pas être exposées dans les mairies. Là encore, c’est un point de divergence fondamental avec la présidente du Front national, décidément adepte du « deux poids, deux mesures ».

Cette solidité du candidat de la France insoumise, tant intellectuelle que psychologique, n’a cessé de se confirmer au cours de toutes ses apparitions publiques qui ont eu lieu depuis, notamment au journal puis dans l’émission On n’est pas couché sur France 2. À vrai dire, au milieu des flots de l’actualité politique, c’est un soulagement de s’appuyer sur cette solidité, et pas seulement pour moi qui ai finalement pu écrire ce post. À la veille d’un choix décisif, nous sommes de plus en plus nombreux à préférer cette conjugaison harmonieuse de stabilité et de progrès proposée par l’Avenir en commun. Elle est symbolisée par le φ choisi comme signe du mouvement. Notre programme est un programme de gouvernement et son porte-parole a la stature d’un homme d’État. Par la constance de son discours, il a semé pour nous des petits cailloux et tracé un chemin. Le 23 avril, soyons majoritaires à le suivre.