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Organisation collective

Le week-end dernier a été marqué par la 3ème Convention de la France insoumise. Elle avait lieu à Clermont-Ferrand, ville centralement placée et où ont afflué des cars affrétés gratuitement de tout le reste de la métropole. Cet événement a réuni 1500 militants, en nombre paritaire, dont une grande majorité avait été tirée au sort. J’ai eu l’honneur de participer à cette Convention et d’en animer certaines séquences avec les députés Adrien Quatennens et Alexis Corbière. En conséquence, mon regard sur ce week-end est à la fois décalé, partiel, franchement subjectif mais peut-être éclairant, car j’ai pu voir ce qui se passait dans la salle, tantôt assise à une table parmi mes compagnons, tantôt sur scène, tantôt enfin depuis les coulisses. Ce fut un moment joyeux pour nombre d'entre nous.



Mais pour le mouvement, cet événement m'a paru fondateur. Le samedi ont été annoncées les trois grandes campagnes que les Insoumis vont mener en priorité. La deuxième journée était davantage consacrée à l’organisation du mouvement et à ses méthodes d’action.

Ce que j’ai perçu de la Convention, c’est tout d’abord une organisation extrêmement bien rodée. Quand je suis arrivée samedi matin et ai traversé la salle immense, j’ai été très impressionnée. Elle était éclairée de lumières tamisées et garnie de dizaines de tables rondes également réparties. Mais j’ai pu me rendre compte par la suite qu’elle était encore plus impressionnante remplie que vide, c’est à dire une fois les insoumis installés. Cette disposition en îlots ainsi que l’idée de monter quatre scènes de part et d’autre de la salle permettaient d’exploiter pleinement la grande halle d’Auvergne pour lui donner vie. Visuellement tout avait été pensé : les interventions s’enchaînant feraient aller les regards du public d’une scène à l’autre tout au long de ces deux journées. De plus, la présence permanente d’un contrebassiste « maître du temps » donnerait une touche paisible et agréable à ce qui d’ordinaire ne l’est pas : écourter une intervention ou faire cesser un travail en commun, lors des cogitations.

Plus largement, une question m’a semblé particulièrement significative, celle des espaces, qui se sont multipliés et entrecroisés tout au long du week-end. Par exemple, aux abords de la salle se trouvait un « village » insoumis, espace attenant donc mais autonome, composé de stands divers comme autant de maisonnettes. Un autre espace était celui des médias, à commencer par la radio insoumise, organe lui aussi indépendant qui s’est créé et accompagne la FI depuis des mois maintenant. Celui-là était plutôt itinérant puisque ses envoyés spéciaux allaient partout faire leurs reportages. Un autre espace, enfin, était celui des réseaux sociaux, qui permettait un accès essentiel à la Convention par les insoumis qui ne s’étaient pas déplacés, voire un public plus large encore.

J’ai évoqué les différents lieux de la Convention et leur caractère volontairement ouvert. De manière évidente, cette ouverture avait pour corollaire l’extrême mobilité de chacun : une fois faites les vérifications liées à la sécurité, on pouvait circuler librement. On peut penser que cette même fluidité est allée jusqu’à régir, ou du moins influer les tâches des Insoumis au sein de la Convention. Je vais donner un exemple. Sur place, chaque membre pouvait s’il le souhaitait de se rendre dans l’espace-vidéo et y faire un petit film sur un sujet qui lui tenait à cœur. Si le film était tiré au sort, il était alors projeté à toute l’assemblée et sur le site.


Collectif en mouvement

Or, c’est à mon sens le même état d’esprit qui permettait de retrouver un voisin de table un peu plus tard, tenant le stand d’une association, d’une revue, vendant du matériel militant, répondant aux questions des journalistes ou même intervenant sur scène. À la facilité de circulation répondait la possibilité pour tous de changer de rôle ou de fonction au gré de ses envies. Car à l'intérieur de ces espaces, chacun pouvait être amené à accomplir un acte militant, participer à sa façon. Un autre prolongement intéressant de l’espace insoumis était celui de l’hébergement proposé aux membres de la Convention par de nombreux militants de Clermont-Ferrand.

Dans ce genre d’organisation libre et mouvante, il n’est donc pas difficile de concevoir qu’un membre de la Convention quel qu’il soit ait pu bénéficier d’une formation à part entière pendant le week-end. Peu importait d’où nous venions, quelle était notre expérience ; que nous ayons été tirés au sort, invités au titre de coordinateurs d’un livret thématique ou en tant que représentants de l’espace politique, syndical ou social : chacun de nous finalement a eu droit à un moment d’enseignement de pratiques militantes nouvelles. Le dimanche matin en effet, lors de la séquence sur les mises en action, une présentation de méthodes innovantes de porte à porte nous a été faite dans la grande salle par deux jeunes gens spécialistes de la méthode Alinsky. Elle était, bien sûr, diffusée en streaming.

L’objectif de la formation était de montrer en quoi il est souvent plus intéressant de partir de la population d’un quartier et de ses besoins que de chercher à imposer à celle-ci des discours politiques tout faits. Ces intervenants ont alors mis en scène leurs méthodes. Pas de théorie ni de discours plaqué, mais la preuve par l’action. Les deux intervenants ont su illustrer leur propos en l’incarnant. Pour ma part, je ne suis pas prête de l’oublier. Je m’en souviendrai parce que j’y ai appris quelque chose avec bonheur et curiosité. Je ne suis sans doute pas la seule.

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Et mouvement qui s'organise

À mes yeux, la grande particularité de la France insoumise est qu’à l’image de cette formation à la méthode Alinsky, elle prétend devenir ce qu’elle défend. Elle est un mouvement, c’est à dire un organe à la fois fluide, ouvert et fondé sur des principes stables et un programme clair. Elle est un laboratoire de pratiques, y compris au niveau de sa propre organisation, et se veut un mouvement populaire. Par conséquent elle n’a pas le choix : elle doit assumer sa vocation expérimentale tout en cherchant à atteindre le plus grand nombre. C’est ce que faisait Manuel Bompard dans son discours de conclusion lorsqu'il évoquait l'"humilité" avec laquelle nous devons aborder ce "défi complexe". Mais pour qui veut réfléchir à ce que pourrait être la société idéale du XXIème siècle, c’est aussi un défi passionnant.

Ce mélange de rigueur et de fluidité est un bien précieux. Il m’apparaît comme la véritable colonne vertébrale de la FI. C’est lui qui explique la très grande accessibilité de nos orateurs nationaux ; lui aussi qui permet à tous les groupes d’action qui souhaitent être utiles sur le terrain d’agir librement sans se sentir isolés pour autant. Loin de la bulle En marche qui a vu ses militants réduits à voter pour leur chef de file et unique candidat au poste Christophe Castaner dans un simulacre de démocratie, la France insoumise est en train de construire une forme de communauté où tous les bras et toutes les voix comptent. Désormais notre mouvement a donc bien plus qu’un programme. Il a aussi une histoire - deux campagnes, plusieurs mois d’opposition au mandat actuel -, une charte, une feuille de route, des méthodes d’action. Au terme d’une nouvelle phase de réflexion collective, il se dotera bientôt d’une Assemblée représentative. Alors, que demande le peuple ?