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Le journal Le Figaro vient de publier[1] un article évoquant la tournée des universités de Benoît Hamon. En ce moment où les étudiants sont en ébullition, alertés par les réformes instiguant à l’entrée des facultés une sélection sociale qui ne dit pas son nom, l’initiateur de Génération.s a décidé d’aller au devant des jeunes pour parler des élections européennes à venir. C’est là qu’il a semble-t-il affirmé vouloir se rapprocher de la France insoumise en déclarant laisser « la porte ouverte à une alliance ». On se souvient que lors des élections présidentielles, Benoît Hamon, tout en reconnaissant de nombreuses convergences, n’avait pas souhaité se rallier à Jean-Luc Mélenchon, même quand ce dernier l’avait déjà largement dépassé dans les sondages. Maintenant que Benoît Hamon a quitté le navire du Parti socialiste ou, devrait-on peut-être dire, son épave, on ne peut que se réjouir de ce nouvel intérêt pour notre mouvement.

La France insoumise s’est en effet constituée en refusant les cartels de partis. Elle est de ce point de vue un mouvement bien plus vaste, qui aspire à faire tomber les clivages partisans, les postures d’intérêts et les querelles de chapelles pour s’adresser directement aux citoyen-ne-s. Dans ce contexte, rien n’est plus satisfaisant que de voir saisir la main qui a toujours été tendue.

Reste pourtant à savoir ce que Benoît Hamon entend par « alliance ». Ce terme est en effet une métaphore, qui laisse en suspens beaucoup de significations possibles. Veut-il faire une liste commune avec la France insoumise lors des prochaines échéances électorales ? Souhaite-t-il travailler à un programme alternatif ? Ou bien est-il même prêt à rejoindre en personne les nombreux insoumis ? Comment comprendre cette déclaration ? D’un côté, Génération.s, récemment émergée des ruines de la gauche, doit probablement se consacrer à l’organisation de sa structure et peut-être, l’élaboration de son projet de société ; de l’autre, la France insoumise s’est imposée ces deux dernières années comme la seule force d’opposition opérationnelle dans le paysage politique actuel. Elle a fait émerger de nouvelles figures politiques majeures et montre chaque jour sa capacité à proposer une alternative solide à la politique austéritaire que nous subissons depuis trop longtemps. On le voit donc, dans ce contexte, le seul mot d’ « alliance » ne saurait nous indiquer clairement ce qu’a en tête Benoît Hamon et devrait pour le moins être explicité.

Cependant, la constance de la France insoumise sur la question européenne permettra sans doute une telle clarification. Car pour elle aucune ambiguïté n’est possible : l’Europe actuelle est dans une impasse. Nous ne voulons pas de cette Europe libérale. Nous ne voulons pas de cette Europe qui broie les hommes et les femmes, détruit les services publics, met les salarié-es en concurrence pour finalement ne profiter qu’à une extrême minorité : l’oligarchie. Au contraire, ce que nous voulons, c’est une Europe pour tous. Une Europe sociale, une Europe des peuples, nous voulons même un peuple européen, capable de choisir lui-même son destin et de nommer ses représentants et leurs orientations pour faire valoir le bien commun.

Qu’en est-il exactement de M. Hamon ? Génération.s est-elle prête à faire cette révolution copernicienne qui permettra de changer l’Europe ? La question doit être posée car, parmi les insoumis, personne ne veut se satisfaire de la logique du marché, du dumping social, du lobbying effréné, de l’assujettissement de la nature et du vivant par l’industrie qui nous ont été imposés, traité après traité.

Or, Benoît Hamon a affirmé par ailleurs que des points essentiels, tels qu’une politique écologique répondant aux prérogatives de l’accord de Paris, peuvent être mis en place « à traités constants ». Est-ce à dire que somme toute, l’Europe de Merkel lui convient ? Que ses grandes lignes le satisfont ? Que son projet global et l’esprit qu’elle porte, en définitive, ne le dérangent pas trop ? Pour nous, insoumis, quelques petites touches et menus ajustements ne suffiront pas à changer le cap de ce gros navire, dont nous sommes apparemment les seuls à nous soucier de l’état des canots.

Ajout du 21/02/18
Depuis l'écriture de ce billet, et suite à des discussions de Benoît Hamon avec Syriza, Jean-Luc Mélenchon a également demandé des clarifications. Son analyse est passionnante.

Notes

[1] «À Nanterre, Hamon ouvre la voie à une alliance avec les Insoumis aux européennes» - Art. du 14/02/18