Ce matin, Apolline de Malherbe a interviewé Juan Branco au sujet de l'affaire Pavlenski, du nom de l'artiste politique russe qui a diffusé la vidéo de Benjamin Griveaux la semaine dernière. L'échange entre la journaliste et l'avocat a été pour le moins musclé, ce qui a amené les fervents partisans de Branco à dénoncer une interview à charge.

Cela, dans un premier temps, ne m'a pas déplu - même si, je dois l'avouer, j'ai regardé la séquence le ventre noué, tant les interlocuteurs, face à face, semblaient à cran. Cette interview, c'était un combat.

À vrai dire, j'aimerais bien que les journalistes se montrent tous aussi pugnaces. Mais surtout, j'aimerais qu'ils le soient avec tous leurs invités, sans exception. Or, c'est là que le bât blesse : cette manière que la journaliste a eu de ne jamais rien lâcher était, elle, une exception. Et quand il s'agit de questionner les membres du gouvernement ou tout représentant du pouvoir, le ton est en général plus coulant.

"Pourvu que cette interview devienne un modèle du genre", étais-je donc en train de me dire quand soudain, alors que le générique de fin commençait à vrombrir gentiment, Apolline de Malherbe, sans (oser ?) lever les yeux de ses fiches, a déclaré :

"Plus on vous entend et plus on se demande si Piotr Pavlenski n'est pas que l'exécutant, et vous le manipulateur."

Alors là, très calmement, en simple observatrice, j'ai juste envie de demander aux professionnels de la profession (car je n'y connais rien, moi) : est-ce qu'émettre une hypothèse sur l'interviewé sans lui laisser la possibilité de répondre, c'est encore du journalisme ou bien de la calomnie ?

Et tandis que des voix si nombreuses s'élèvent contre l'acte artistico-politique de Pavlenki au prétexte qu'il est fourbe et déloyal, je m'interroge : existe-t-il un journalisme déloyal ? Sincèrement, j'aimerais qu'ils me répondent. Les journalistes, les avocats.