Hier, au cours du débat des candidates à la mairie de Paris, la tête de liste de Décidons Paris Danielle Simonnet a invité la maire sortante Anne Hidalgo à se rendre à un débat inter-hospitalier le lendemain. Il s'agit d'y parler des difficultés matérielles et financières que connaissent les hôpitaux de Paris, ainsi que le stress auquel les personnels sont soumis et, bien sûr, d'envisager des solutions.

Mais pendant que D. Simonnet lui expliquait l'importance de se rendre au débat et de montrer son soutien à des employés dont personne n'ignore qu'ils sont à bout, A. Hidalgo a lâché à voix basse : "j'y suis allée, d'ailleurs." Son interlocutrice aussitôt la reprend : c'est le lendemain qu'a lieu le débat, sous-entendant que les déplacements précédents d'Hidalgo ne sont pas un sujet.

Cette petite phrase glissée pendant qu'une autre candidate parlait, cette toute petite phrase, prononcée d'une toute petite voix, incapable de couvrir celle en face, cette remarque placée là dit beaucoup. Elle dit tout d'abord qu'Anne Hidalgo a probablement prévu autre chose dans son calendrier chargé de fin de campagne (il ne reste plus que 2 jours avant que soit sonnée la fin de partie) ; mais aussi que les problèmes, elle les connaît. Alors elle coupe : pas besoin d'aller à un débat supplémentaire, elle connait son affaire. Ça la démangeait, elle n'a pas pu se retenir, il fallait en finir. Alors, en tendant un peu l'oreille on l'entend parfaitement : pour elle ces temps de discussion ont quelque chose de vain.

Mais plus que toute autre chose, par cette petite phrase Hidalgo dit qu'elle considère qu'elle a déjà fait son travail. Dans la longue liste des déplacements qu'un candidat à une élection doit faire, elle a déjà montré sa figure aux personnels de services publics. Allez c'est bon, elle a fait le job : ces électeurs potentiels-là, elle leur a serré la main. Il sont dans la boite, les selfies d'Anne Hidalgo vêtue d'une blouse blanche. Elle a payé de sa personne, elle les a écoutées les longues plaintes des fonctionnaires en burn out. Bref, elle et son équipe de campagne ont déjà fait la croix devant la case "hôpitaux" sur sa longue liste des indispensables d'une candidate politique. Passons à autre chose.

Par cette petite phrase douce, renoncement et indifférence sont déjà actés. Mais bon, on est à la télé. Il faut garder la face, limiter les dégâts. Ici Hidalgo dit à la fois : demain j'aurai d'autres chats à fouetter et maintenant je suis embarrassée par la situation. Sa ligne de défense éclate alors dans ce qu'elle a de plus politicien. Pourtant, en voulant reprendre la main quand elle voit la situation lui échapper pendant ces quelques secondes, elle devient malgré elle comme un enfant pris en faute. Sans empathie : seule la meut désormais la peur de la sanction.

Demain, elle ne sera pas sur le terrain. Or, en politique, perdre du terrain, c'est souvent perdre des voix. Sur son visage fatigué par la course et dans sa courte phrase transparaît immédiatement cette inquiétude. Alors elle essaie maladroite, de retourner les signes. Ne nous inquiètons pas, nous, spectateurs. Non, ne vous inquiétez surtout pas, nous dit-elle. Les hôpitaux implosent, les personnels vivent un enfer mais tout va bien : comme partout, elle y est allée, "d'ailleurs".